
Le 25 septembre 2026, à Sainte Monique de Bonamoussadi, à Douala, Women Peace Initiatives (WOPI) et l’Association Camerounaise de la Maladie d’Alzheimer (ACMA) ont organisé conjointement une journée de sensibilisation, de dépistage et de conférence-débat consacrée à la maladie d’Alzheimer, à la santé cognitive, à la protection des personnes vulnérables et à la promotion de la paix.
Cette activité s’inscrivait dans le prolongement de la Journée internationale de la paix et de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, célébrées chaque année le 21 septembre. Elle visait à contribuer à la promotion de la paix sociale et à la prévention des violences en sensibilisant les communautés aux troubles cognitifs, à leurs conséquences sur les familles et aux défis rencontrés par les personnes concernées.
Des consultations gratuites menées pour favoriser le dépistage précoce

La matinée a été consacrée à des consultations médicales gratuites. Une cinquantaine de personnes ont bénéficié de consultations mémoire et d’un dépistage des troubles cognitifs. Des contrôles de paramètres vitaux, notamment la tension artérielle et la glycémie, ont également été réalisés.
Cette initiative a permis de rapprocher les services de sensibilisation et de prévention des populations, tout en attirant l’attention sur l’importance du dépistage précoce et de l’accompagnement des personnes présentant des signes de troubles cognitifs. Au-delà de la dimension médicale, l’activité a rappelé la nécessité de mieux informer les familles et les communautés afin de favoriser une compréhension plus juste de la maladie d’Alzheimer et de réduire les préjugés qui entourent les troubles cognitifs.
Dans l’après-midi, une table ronde a réuni plusieurs acteurs institutionnels, dont la représentante du Gouverneur ainsi que des représentants du ministère des Affaires sociales (MINAS), du ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC) et du ministère du Commerce (MINCOMMERCE). Des professionnels de santé, des organisations de la société civile et d’autres participants ont également pris part aux échanges.
Dans son allocution de bienvenue, la Présidente de WOPI a souligné les liens étroits entre la paix, la dignité humaine, la santé cognitive et la protection des personnes vulnérables. Elle a rappelé que la maladie d’Alzheimer ne concerne pas uniquement la personne malade : elle affecte également sa famille et les personnes qui l’accompagnent au quotidien.
Elle a ainsi insisté sur la nécessité de lutter contre la stigmatisation, les discriminations, les violences et les différentes formes de vulnérabilité susceptibles de fragiliser les personnes concernées et leur entourage. Une Minute de la paix, animée par Mme Sylvie Jacqueline Ndongmo, a ensuite constitué un temps de solidarité envers les victimes de conflits et les personnes vulnérables. Le mouchoir blanc, symbole de paix, a accompagné ce moment de recueillement et d’engagement. Les participants ont réaffirmé leur attachement au dialogue, à la non-violence, au respect de la dignité humaine et à la solidarité.
La première présentation, assurée par Dr Ginette Tuayong, médecin gériatre et Présidente de l’ACMA, portait sur le thème : « Maladie d’Alzheimer : comprendre, dépister et prévenir ». Son intervention a permis d’aborder les manifestations de la maladie, ses facteurs de risque et ses différents stades d’évolution. Elle a également mis en évidence l’importance du dépistage précoce et de l’accompagnement des personnes concernées.
Mieux comprendre la maladie constitue une étape essentielle pour identifier les besoins des personnes touchées, favoriser leur prise en charge et soutenir leurs proches. L’information et la sensibilisation contribuent également à combattre les idées reçues et à encourager des attitudes plus respectueuses envers les personnes vivant avec des troubles cognitifs.
Lutter contre la stigmatisation et préserver la paix familiale

La deuxième intervention, présentée par Mme Sylvie Jacqueline Ndongmo, experte Femmes, Paix et Sécurité, Secrétaire exécutive de WOPI et Présidente internationale de WILPF, était consacrée au thème : « Paix pour les malades, leurs familles et leurs communautés : lutter contre la stigmatisation et les discriminations ». S’appuyant notamment sur son expérience familiale, elle a montré comment une mauvaise compréhension des troubles cognitifs peut alimenter l’incompréhension, les conflits, le rejet et parfois la maltraitance. Lorsque les manifestations de la maladie sont interprétées comme de simples comportements volontaires ou des provocations, les relations entre la personne malade et son entourage peuvent se détériorer.
Face à ces risques, elle a appelé les familles, les communautés et les institutions à privilégier la compréhension, la patience, la protection et l’accompagnement. La paix sociale suppose aussi de créer un environnement dans lequel les personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer peuvent être traitées avec respect, sans être exclues ou privées de leur dignité.
La troisième intervention, assurée par le Dr Toguem Michael, psychiatre, a porté sur les liens entre les violences basées sur le genre (VBG) et les troubles cognitifs. Le spécialiste a expliqué que certains changements comportementaux associés à la maladie peuvent provoquer des tensions ou des situations d’agressivité. Il a insisté sur l’importance d’une prise en charge calme, patiente et adaptée aux besoins de la personne malade, afin de limiter les situations de conflit et de favoriser un accompagnement respectueux. Il a également évoqué l’existence de structures spécialisées au Cameroun, notamment à l’Hôpital Général et à l’Hôpital Laquintinie de Douala. Cette intervention a rappelé l’importance de considérer les personnes vulnérables dans toute leur complexité et de renforcer les capacités des familles et des communautés à répondre aux situations difficiles sans recourir à la violence.
Au terme de cette journée, un message central s’est dégagé : la lutte contre la maladie d’Alzheimer ne relève pas uniquement du domaine médical. Elle constitue également un enjeu de dignité humaine, de protection sociale, de droits humains, de solidarité et de paix. Le dépistage précoce, l’information des communautés, le soutien aux aidants et la lutte contre la stigmatisation sont autant de leviers pour améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec des troubles cognitifs et de leurs familles. À travers cette initiative conjointe, WOPI et ACMA ont contribué à ouvrir un espace de dialogue entre les professionnels de santé, les institutions et la société civile. Cette démarche souligne qu’une communauté plus pacifique est aussi une communauté capable de comprendre les vulnérabilités, de protéger les personnes exposées à l’exclusion et d’accompagner les familles avec humanité.