
Dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, un plaidoyer collaboratif contre les féminicides au Cameroun s’est tenu le vendredi 7 décembre 2024 dans la salle de la Délégation régionale du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) à Douala. Cette rencontre s’est déroulée autour du thème fort : « Tous unis contre les féminicides au Cameroun ».
Cette activité a été co-organisée par les organisations de la société civile camerounaise membres du cluster Afrique centrale de la SOAWR (Solidarity for African Women’s Rights), dont Women Peace Initiatives (WOPI) est membre actif. Elle a rassemblé des femmes engagées, des militantes des droits humains et des actrices de terrain unies par une même volonté : mettre fin aux féminicides et aux violences basées sur le genre.
La première partie de l’activité a été consacrée à la cartographie des violences basées sur le genre (VBG) au Cameroun, à travers une analyse chiffrée et qualitative particulièrement alarmante. Entre le 1er janvier et le 25 décembre 2024, 67 cas de féminicides ont été enregistrés au Cameroun. Dans la région du Littoral, les chiffres font état de 188 cas de VBG en 2023 et 214 cas en 2024, illustrant une progression préoccupante du phénomène. À l’échelle mondiale, les féminicides constituent également une crise majeure, avec 85 000 cas recensés en 2023.
Les participantes ont également rappelé les principales formes de violences basées sur le genre, notamment : la violence psychologique, la violence sexuelle, la violence physique, les mariages précoces et forcés, le viol, les mutilations génitales féminines (MGF), le déni de ressources.
Parmi ces formes, la violence physique demeure la plus visible, bien que toutes soient profondément destructrices. Il a été souligné que les violences ne sont pas spécifiques à une région donnée, mais qu’elles prennent des proportions plus importantes dans certaines zones du pays.
Analyse d’une société de plus en plus violente
La deuxième séquence a porté sur l’analyse des causes sociales et culturelles de la recrudescence des violences. Les échanges ont mis en évidence les préjugés persistants entourant le mariage et les relations conjugales, qui conduisent souvent à culpabiliser les victimes, en laissant entendre que l’échec du mariage serait de leur responsabilité. Face à cette réalité, les participantes ont insisté sur la nécessité de briser le silence comme première forme de thérapie. La sensibilisation, l’éducation des femmes et des filles et la transformation des normes sociales ont été identifiées comme des leviers essentiels pour prévenir les violences et protéger les victimes.
Le cadre juridique demeure un vide préoccupant
Les discussions ont enfin porté sur le cadre juridique de lutte contre les VBG et les féminicides au Cameroun. Il a été relevé qu’il existe un vide juridique spécifique concernant la qualification et la répression des féminicides dans la législation camerounaise. Cette absence de cadre légal clair constitue un obstacle majeur à la justice, à la prévention et à la dissuasion.
Pour WOPI et ses partenaires, lutter contre les féminicides est une responsabilité collective. C’est en unissant les voix, les actions et les engagements que la société camerounaise pourra avancer vers une justice réelle, une égalité effective et une paix durable. Ce plaidoyer collaboratif, facilitera la prévention des violences basées sur le genre, la lutte contre les féminicides, le renforcement du plaidoyer juridique et institutionnel, et la protection des droits et de la dignité des femmes et des filles.